« le bilan désastreux » des Etats-Unis en 2004

Human Rights Watch dénonce “le bilan désastreux” des Etats-Unis en 2004.


Le rapport critique la situation des 550 prisonniers de Guantanamo.
Pour l’organisation américaine de défense des droits de l’homme Human Rights Watch (HRW), qui a présenté jeudi 13 janvier à Washington son rapport annuel, 2004 s’est achevée sur deux motifs majeurs de préoccupation.Le premier, c’est l’incapacité de la communauté internationale à mettre un terme à la “purification ethnique massive” au Darfour (Soudan).
Le second est la façon dont l’administration Bush a, selon HRW, un peu plus galvaudé l’ambition traditionnelle de l’Amérique d’incarner la défense des droits de l’homme dans le monde.

Aux libertés que prenait déjà Washington avec les règles du droit international les années précédentes se sont ajoutées, en 2004, les révélations sur les sévices infligés aux prisonniers d’Abou Ghraib (près de Bagdad) et sur l’usage de la torture. Parce qu’il s’agit des Etats-Unis – et pas de tel ou tel régime réputé tortionnaire -, ces atteintes au droit international ont des conséquences particulièrement graves.
Lorsqu’un gouvernement dominant, aussi influent que celui des Etats-Unis, défie ouvertement le droit et cherche à s’en justifier, il met à mal le droit lui-même et incite d’autres pays à faire de même”, écrit Kenneth Roth, le directeur exécutif de Human Rights Watch.

Le bilan 2004, qui passe en revue une soixantaine de pays, ne revient pas en détail sur les événements d’Abou Ghraib, auxquels HRW a consacré, en juin, une étude montrant qu’ils ne sont pas des actes isolés s’apparentant à des bavures mais le résultat d’une politique délibérée.

Il fait le point sur la situation des 550 prisonniers de Guantanamo Bay (Cuba), qui pour certains sont incarcérés depuis trois ans, sans que leur soit reconnue aucune des garanties que le droit américain et le droit international confèrent, en principe, à tout détenu.

HRW rappelle la décision de la Cour suprême, en juin 2004, autorisant ces prisonniers à porter plainte pour détention abusive devant des tribunaux ordinaires. En réponse, le Pentagone a institué des tribunaux militaires spéciaux chargés de contrôler la qualité de “combattants ennemis” des détenus de Guantanamo. “Ce contrôle ne repose sur aucune base légale nationale ou internationale, note HRW, et il a pour seul but de justifier la détention de personnes qui, en l’absence de preuves, auraient dû être libérées dès la fin des hostilités entre les Etats-Unis et le gouvernement taliban en 2002″. Fin novembre 2004, ces tribunaux avaient contrôlé 401 cas ; ils avaient rendu leur décision finale dans 144 cas.

Le rapport de HRW rappelle les mauvais traitements dont se sont plaints des prisonniers de Guantanamo. Les autorités américaines ont publiquement reconnu pratiquer dans ce camp certaines techniques d’interrogatoires que le CICR (Comité international de la Croix-Rouge) a dénoncées comme “s’apparentant à la torture”.

“Les Etats-Unis ont aussi des “disparus”, au moins 11 membres dirigeants présumés d’Al-Qaida, détenus en des lieux secrets. Ils ont facilité ou directement participé au transfert d’un nombre indéterminé de personnes vers des pays du Moyen-Orient où la torture est routine”, ajoute encore l’organisation.

Elle rappelle que d’autres tribunaux militaires spéciaux (dits “commissions militaires”), mis sur pied dans le cadre de la lutte antiterroriste, ont commencé en août 2004 à juger certains détenus de Guantanamo. En novembre, une cour fédérale de district a ordonné l’arrêt d’une de ces procédures, pour non-conformité aux normes d’une justice équitable.

Le bilan des Etats-Unis en matière de promotion des droits de l’homme a toujours été “mitigé”, note Kenneth Roth : “Pour chaque “violateur” qu’ils admonestaient, il y en avait un autre dont les abus étaient ignorés, excusés, voire appuyés.” Le dirigeant de HRW estime cependant que, malgré cette “versatilité”, son pays a historiquement joué en faveur des droits de l’homme un rôle auquel il ne peut strictement plus prétendre aujourd’hui.

“Qu’il s’agisse, poursuit-il, de l’Egypte, qui défend le renouvellement de sa législation d’urgence en faisant référence à la législation antiterroriste américaine, de la Malaisie, qui justifie les détentions administratives en invoquant Guantanamo, de la Russie, qui mentionne Abou Ghraib pour rejeter la responsabilité des abus commis en Tchétchénie sur des militaires subalternes, ou encore de Cuba, qui fait valoir que l’administration Bush n’a “aucune autorité morale” pour l’accuser de violation des droits de l’homme, les gouvernements répressifs ont beau jeu d’éluder les pressions américaines, vu le bilan désastreux affiché par Washington en matière de droits de l’homme depuis le 11 Septembre.”

LE MONDE
13/01/05

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