Eloge de la différence.

Vous connaissez ce livre d’Albert Jacquard, Eloge de la différence.
Dans ce livre l’auteur rappelle un principe peu évident pour la plupart des gens : de la différence nait la capacité de l’homme à s’adapter à son milieux et donc ses chances de survie.
Il faut donc se féliciter de nos différences.
En général les gens ont tendance à voir dans la diversité un problème plus qu’une richesse, quand ce sentiment est poussé à l’extrême il donne lieux à la xénophobie et au racisme alors que la nature nous montre chaque jour la nécessité d’expérimenter de nouvelles combinaisons génétiques pour accroitre nos chance de faire face, en faisant naitre des gens différents, des mutants dirons certains, des handicapés dirons d’autres…Parlons un peu du handicap.
J’ai lu dans le Monde du 5 aout l’histoire extraordinaire d’un jeune autiste aux capacités de représentation phénoménales.
v_6_ill_942074_07080512_tammetx1p1_ori.jpg Ce jeune anglais du nom de Daniel Tammet est capable de vous calculer n’importe quel quotient accompagné de 32 chiffres après la virgule, mieux, il est capable d’apprendre les langues avec une déconcertante facilité : il a par exemple appris l’Islandais en quelques semaines.
Cette langue est pourtant réputée pratiquement impossible a apprendre pour un non Islandais.
Il maitrise en tout une dizaine de langues.
A cela s’ajoute une incroyable capacité de se représenter les chiffres et leurs relations.
Pourtant pour beaucoup de personnes Daniel est autiste, c’est à dire handicapé.
A d’autres époques on l’aurait peut être stérilisé ou enfermé dans un asile d’aliénés.
Les gens différents existent car la nature veut que nous soyons différents les uns des autres, c’est une loi universelle de la vie.
Quand un enfant handicapé vient au monde nous devrions voir en lui une tentative de la nature d’améliorer notre espèce plutôt que de voir en lui un problème ou pire, un coût !

J’en était presque arrivé à ce point dans mes réflexions quand j’ai découvert sur un blog que des chercheurs ont découvert qu’il était possible de créer des mémoires 30 fois plus performantes en accouplant différents modèles de mémoires électroniques grace à un algorithme génétique : le principe repose sur la théorie des automates cellulaires.
On programme chaque unités avec une série d’instructions simples du style « tu ajoutes telle chose quand il se passe telle chose », et on met ces unités ensemble et on laisse faire le temps, très rapidement apparaissent des structure d’organisation incroyables qui rappellent les constructions biologiques !kandid-results.jpg
Il est même possible de mettre en place une espèce de sélection qui opèrera un tri et fera tendre le système vers les formes d’organisation les plus efficaces ou les plus performantes.
La science grace aux ordinateurs à réussi à émuler la capacité créatrice de la nature.
Ce domaine d’étude est très prometteur et nous donne une idée de la façon dont la nature travaille : par essais successifs, sans cesse recommencés.
Voir quelques une de ces créations ICI.
Pour en revenir à Daniel Tammet, on peut considérer qu’il est l’un de ces merveilleux essais.
Voilà qui nous pousse à porter un autre regard sur la différence et nous faire rejeter à jamais le racisme comme l’une des formes les plus abjecte de la nature humaine.

Les chiffres comme langage

LE MONDE | 04.08.07 | 14h32 • Mis à jour le 04.08.07 | 14h33

Il y a du Rimbaud chez Daniel Tammet. Comme le poète halluciné de Voyelles - A noir, E blanc, I rouge -, ce jeune Anglais accouple lettres et couleurs. Mais sa vision est infiniment plus riche. A chaque chiffre, chaque lettre, chaque mot, il associe une couleur, une forme, une texture. Et souvent un son ou une sensation

Les chiffres, ses amis, dansent dans sa tête.
1 brille d’un blanc éclatant, 2 se balance lentement, 3 s’étale, grassouillet, 5 résonne comme les vagues contre les rochers, 9 se dresse très haut, bleu et intimidant. Les nombres ont un grain, dur, doux, sombre ou lumineux. 37 a l’apparence grumeleuse du porridge et 89 évoque la neige qui tombe.

Daniel Tammet, 28 ans, est un autiste « savant ». Il cumule deux maladies presque jamais réunies : le syndrome d’Asperger, une forme d’autisme assez légère ; la synesthésie, un trouble entraînant un chevauchement des sens. Comme tous les autistes, mais moins que la plupart d’entre eux, Daniel a souffert d’une grave difficulté à communiquer, aujourd’hui largement surmontée.

Et comme les 50 autres autistes « savants » recensés dans le monde, il possède des dons intellectuels inouïs. Il est le seul capable de décrire en détail son univers cérébral. « J’ai de la chance », constate-t-il en nous servant le thé dans la cuisine du pavillon qu’il partage avec Neil, son compagnon, un ingénieur informaticien, à Herne Bay, une petite localité balnéaire dans le sud-est de l’Angleterre.

Daniel vit avec les nombres depuis sa tendre enfance. Ils furent le premier langage de ses émotions. Son obsession des calculs est née d’une crise d’épilepsie qui l’a frappé à l’âge de 4 ans. Les nombres devinrent alors son réconfort : « Ils me calment et me rassurent. Enfant, mon esprit se promenait en paix dans ce paysage numérique où il n’y avait ni tristesse ni douleur. »

On a dit de Daniel qu’il est un « homme-ordinateur ». Pourtant, il ne « calcule » pas. Lorsqu’il multiplie deux nombres, il trouve la solution sans effort conscient : « Je vois le premier nombre à gauche, le second à droite, et une troisième forme apparaît. C’est le résultat. Je me contente de lire cette image mentale. Je n’ai pas besoin de réfléchir. » Il lui suffit de 28 secondes pour trouver le quotient de deux nombres, accompagné de 32 chiffres après la virgule. Faut-il préciser qu’il n’écrit jamais aucune opération ?

Daniel n’est pourtant pas un matheux classique. Il n’aime guère l’algèbre et ses équations, encombrées de lettres mais si pauvres en chiffres. Ses disciplines favorites sont les nombres premiers, les problèmes de probabilité et le calcul calendaire, où il devine en un instant quel jour de la semaine vous êtes né. Pi est sonnombre favori, le seul qui se déroule à l’infini : « Il me fascine. Aucune feuille de papier, fût-elle aussi grande que l’univers, ne pourra jamais le contenir. » Il lui doit sa renommée.

La scène se passe en 2004, le 14 mars – jour de la naissance d’Einstein -, dans une salle du musée de l’histoire des sciences d’Oxford. Daniel s’apprête à relever un défi, préparé pendant trois mois, au profit de la Société nationale d’épilepsie : énumérer de mémoire en public le plus de décimales possible de Pi. Cinq heures, neuf minutes et vingt-quatre secondes plus tard, la longue récitation prend fin devant des examinateurs médusés. 22 514 chiffres sans la moindre faute !
Record d’Europe battu sous une salve d’applaudissements. « Les chiffres, se souvient-il, défilaient devant mes yeux comme les images d’un film. »

Pi a changé la vie de Daniel Tammet. Héros d’un documentaire télévisé, il se raconte, avec modestie et sincérité, dans un livre récemment traduit, Je suis né un jour bleu (éd. Les Arènes, 21 €). Son aptitude à témoigner de ses expériences offre une chance unique aux neurologues avides de percer les mystères de l’autisme. Il se plie volontiers aux séries de tests, parfois perturbants, que lui soumettent les scientifiques britanniques et américains curieux de déchiffrer la « boîte noire » de son étonnant cerveau.

Par son exemple, Daniel aide à combattre les préjugés qui accablent les autistes : « En récitant le nombre Pi, je voulais leur dire qu’un handicap n’est pas un obstacle fatal. » A Salt Lake City, Daniel a rencontré le plus célèbre « savant » autiste, Kim Peek, l’homme qui servit de modèle au Rain Man, incarné en 1988 par Dustin Hoffman. Ce fut, dit-il, un grand moment de bonheur. Mais l’image réductrice que le film donnait de l’autisme appartient, selon lui, au passé : « Il faut permettre aux malades de prendre confiance, d’assumer leur différence. »Daniel entretient avec les mots, son « deuxième langage », une relation esthétique. Comme les nombres, ils ont forme et couleur.
Même chose pour les prénoms : Richard est rouge, John jaune, Peter violet.

Grâce à sa remarquable mémoire visuelle, il apprend les langues en un clin d’oeil, ou presque. Il en maîtrise dix : l’anglais, l’allemand, l’espagnol, l’espéranto, le finnois, le français, le gallois, le lituanien, le roumain et l’islandais. Il a assimilé cette dernière, pourtant très difficile, en l’espace de quatre jours passés à Reykjavik. Les mots lui permettent de gagner sa vie. Il a lancé en 2002 un site Internet d’apprentissage des langues, qui marche très fort, baptisé Optimnem, en l’honneur de Mnémosyne, la déesse grecque de la mémoire. A 10 ans, il a créé sa propre langue, qu’il est le seul à parler, le Mänti (« un pin » en finnois). Elle possède aujourd’hui plus de 1 000 mots. Daniel est un grand lecteur de biographies et de dictionnaires. Mais il n’ouvre guère de romans : « Je préfère m’intéresser aux choses vraies. » Il est en train d’écrire un nouveau livre où il parle du cerveau, des nombres et de l’imagination.

Daniel eut une enfance solitaire et souvent douloureuse. A l’école, trop de
choses lui faisaient mal : le bruit, les bousculades, et surtout ce sentiment d’être différent, qu’il ne pouvait comprendre ni dominer, faute à l’époque de diagnostic précis. Il se réfugiait dans le silence de sa chambre ou dans des rites compulsifs : il collectionnait les marrons, les prospectus, les coccinelles. Il doit à l’amour de ses parents (« mes héros ») d’avoir trouvé, devenu adulte, un heureux équilibre entre son univers et le monde extérieur, dans une philosophie qu’il résume d’une phrase : « L’important n’est pas de vivre comme les autres, mais parmi les autres. »

 

Jean-Pierre Langellier

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